Mardi 2 février à 10h : Henri Gougaud invité de Radio Suisse Romande

1 février 2010

Henri Gougaud présente LE LIVRE DES CHEMINS

dans “Rien n’est joué !” l’émission de Madeleine Caboche

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http://www.rsr.ch/aide-rsr/en-direct-sur-internet

Rediffusion, du mardi au samedi, de 2h00 à 3h00
Vous pourrez réécouter l’émission sur le site pendant un mois.

Les animaux mythiques de notre univers. Le poisson - 2 sur 4

19 janvier 2010

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Au commencement, disent les textes hindous, la Terre -si l’on peut dire- n’était qu’une énorme boule liquide. Et c’est à la surface des mers “qui n’avaient pas de rives” que fut couvé Brahmânda, “l’œuf du monde”. Cette idée ruisselle dans tous les bénitiers de la tradition chrétienne, qui baigne d’ailleurs toute entière dans une pure fontaine : “Le Père étant la source, le Fils est appelé Fleuve”, dit saint Athanase. L’eau, élément premier, est le germe des germes. Elle est lourde de toutes les promesses de vie. Elle est le Tout-Possible -la naissance. Or, le poisson est indissociable du symbolisme aquatique, qu’il assume avec une constance tout à fait exemplaire.Il n’est pas un peuple au monde qui ne l’honore comme le témoin de la vie avant toute vie.

Freud le dit : l’enfantement se trouve régulièrement exprimé dans le rêve par l’intervention de l’eau. Toute femme accouche d’un monde : la Création, à son niveau le plus simplement humain, est affaire de sexualité. Déjà, au vieux temps de la préhistoire, le poisson était un symbole phallique. C’est ce que disent les gravures sur os du magdalénien que l’abbé Breuil découvrit, et que Hentze interpréta. Le dieu de l’amour, en sanscrit, se nomme “celui qui a le poisson pour symbole”. Poisson toujours sur le blason des déesses de l’érotisme, en Syrie.

Marcel Griaule signale enfin que “le couteau de la circoncision des Bozo est appelé : le couteau coupant le poisson”. En Occident, on fit parfois de l’habitant des eaux l’annonciateur du mariage et de l’union sexuelle. Jadis, les jeunes filles en mal d’amour allaient jeter des boulettes de pain dans l’étang de Ligouyer en Saint-Pern. Si elles voyaient le brochet manger l’appât, il était dit que quelque fiancé viendrait mordre à leur hameçon, avant l’année écoulée. En Wallonie, celles qui désiraient assister, en rêve, à leurs futures épousailles, devaient au préalable “manger entièrement un hareng cru et non nettoyé” -pratique dont les relents n’ont que de lointains rapports avec les délicats parfums du lit d’amour, mais qui n’en est pas moins, dans sa pittoresque brutalité, fort révélatrice.

Les poètes à l’œil perçant, ceux qui voient monter la sève au cœur de l’arbre et bouger la sève sous la carapace de l’os savent bien que le poisson n’est pas un gibier pour pêcheurs en eau claire, mais une image pour amoureux du péché véniel :

“Ses cuisses fuyaient sous moi
comme deux poissons surpris
à moitié pleines de feu
à moitié pleines de froid”

dit Federico Garcia Lorca -phrase fulgurante qui nous hisse sur cette cime illuminante où brûle une flamme au profond d’une source, où la vie naît du brûlant et de l’humide.

Les poissons, ces fruits de soleil et de rivière, parlent en vérité plus haut d’enfantement universel que de plaisir d’amour. Ils sont symboles de fertilité. Parce que leur faculté de reproductionest prodigieuse ? Parce qu’ils sont la plus proliférante des espèces ? On a voulu le croire, un peu trop simplement. Ils sont habitants de l’oeuf du monde : cela suffit à faitre d’eux les emblèmes de toute terre féconde. Ils sont dieux du maïs chez les Indiens d’Amérique Centrale. En Islam, on dessine leur effigie sur le sol sec, quand les champs meurent de soif. En Chine, ils sont l’image de la prospérité. Au Viêt-nam, c’est une carpe qui conduit au ciel le génie du foyer, dans les jours qui précèdent l’année nouvelle, la renaissance cyclique.

à suivre…

Les animaux magiques de notre univers (Editions Solar, 1973)

Le livre des chemins

19 janvier 2010

Il est paru !

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“Ce livre est un jeu, autant qu’un acte de foi.

Il m’occupait depuis longtemps, mais je n’osais pas l’écrire.Je voulais que mon rôle n’y soit pas celui d’un auteur d’ouvrage, plutôt celui d’un passeur.Et que ses lecteurs ne soient pas des lecteurs, mais des pêcheurs de merveilles.
Comme qui dirait : « Toi qui es là, je te présente mes contes. Mes contes, je vous présente quelqu’un qui devrait vous plaire. Faites connaissance maintenant, et parlez, jouez ensemble ». Voilà quel était mon désir. Mais comment le réaliser ?

Les contes sont des êtres vivants.
Evidemment, je n’ai aucune preuve de ce que j’avance là. Peu m’importe. C’est une conviction secrète, mais éminemment pratique. Le fait est que les contes ne manquent pas de me répondre, quand je leur parle. Ils le font avec bonté. Ils m’apprennent des choses auxquelles je n’avais jamais pensé. Bref, j’ai avec eux une relation assez heureuse et simple pour tenir à leur amitié.
Tu peux toi aussi entrer dans le cercle des contes vivants, si tu le veux. C’est simple. Il n’y faut que du désir, de l’innocence et de cette curiosité éveillée sans laquelle il n’est pas de vraie découverte possible. Il y faut aussi juste ce qu’il faut de confiance, non pas pour me croire sur parole, mais pour te donner l’envie de vérifier par toi-même qu’il est, ici et là, des contes qui n’attendent que ta visite, et qui te connaissent assez bien pour te murmurer en secret des choses sûrement utiles à ta vie.

Je parle de hasard, mais bien sûr je n’y crois pas un instant, pas plus que toi-même n’y croiras quand tu poseras à ce livre les questions qui t’occupent. Je connais ce jeu-là. Méfie-toi, les réponses peuvent être d’une clarté sidérante. Elles peuvent être aussi inattendues, déconcertantes. C’est que parfois, sous les questions explicites s’en cachent d’autres, plus secrètes, et que les contes sentent. Ils répondent toujours au plus profond.

Le mode de consultation est aussi simple que possible. Pose la main gauche sur le livre. Formule ta question les yeux fermés, intérieurement, avec force. Prends le Gunungan et tranche dans le vif. (Le Gunungan est un objet sacré, c’est l’Arbre de Vie toujours présent dans les spectacles de marionnettes indonésiennes.) Il te désignera l’entrée du conte qui attendait ta visite.

Les aphorismes qui le suivent sont de trois couleurs, comme les trois rubans qui servent à les choisir. Choisis-en un à l’aveuglette. Il te renverra à la phrase qui précisera la réponse donnée, ou l’habillera d’une lumière inattendue.

Joue comme les enfants jouent, avec le sérieux et l’allégresse que tu leur envies, parfois. Et écoute la voix qui parle comme si elle ne venait que pour toi, du fond des âges.

Je me retire maintenant. Je te laisse en bonne compagnie.”

§§§

Le livre des chemins

Format : 217 mm x 150 mm

480 pages

EAN13 : 9782226194114

Prix : 23.00 €

Le héros - 2 / 5

22 décembre 2009

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Janvier 1972 : la première bombe thermonucléaire de la guerre explose sur l’Angleterre. Ce jour fatal, l’ingénieur John Markham est à son travail quotidien : il inspecte les entrepôts souterrains de “Refrigeration Internationale, S.A.” (Edmond Cooper, “Pygmalion 2113″). (”Savez-vous pourquoi ils les veulent si profonds, ces entrepôts ? Protection contre les radiations. C’est le jugement dernier, monsieur Markham. Ça arrivera tôt ou tard. Alors on ouvre les chambres froides et on en sort la nourriture non contaminée”).

Dans le couloir K le sol tremble, la glace gémit, craque, se fracasse en mille éclats. Markham, brutalement congelé, perd conscience dans le ventre givré de la terre, dans le lit de la Reine des Neiges. Il revient à la vie, cent vingt et un ans plus tard, sur un lit d’hôpital : on l’a trouvé et ranimé. Il ouvre les yeux. Il rencontre le faux regard d’une infirmière androïde. Il s’était endormi petitement bourgeois. Dans la grotte-entrepôt il a subi la mort, gestation initiatique, si l’on en croit les vieux livres. Il s’en éveille : il a figure d’homme jeune mais son âge l’apparente aux patriarches légendaires. Il a trompé le temps. Il a connu l’outre-vie. Au retour de son voyage au bout de la nuit blanche, il est naturellement promu héros : il a laissé aux enfers sa banale défroque d’ingénieur, il provoquera le bouleversement de la société qui l’accueille.

En science-fiction, il n’est pas le seul, loin de là, à poser scrupuleusement son pied dans l’empreinte des grands ancêtres. Paul Atréides, le messie de Dune (Franck Herbert, “Dune” et “Le messie de Dune”), fils de dame Jessica, est mis au monde surhumain, au sortir de l’enfance, par une étrange mère révérende qui le soumet à de secrètes épreuves avant de reconnaître en lui le prophète longuement attendu. Smith, né sur Mars - sa première mère nourricière - doit subir les affres d’une renaissance “en terre étrangère” - sur Terre - avant d’accomplir, lui aussi, sa destinée messianique. Le voici, pitoyable : il vient à peine d’arriver. On se presse pour le palper, l’examiner, l’interroger. Le capitaine Willem van Tromp s’interpose et plaide pour lui : “Smith est une créature intelligente, avec une hérédité humaine, mais il est plus Martien qu’humain. Il pèse deux fois et demi  ce qu’il pesait là-bas et ses muscles n’y suffisent pas. Il n’a pas l’habitude de notre pression atmosphérique - il n’a l’habitude de rein et c’en est trop pour lui. Nous sommes les premiers hommes qu’il ait vus. Si vous tenez absolument à le rendre fou, ne lui donnez pas une chance de s’accoutumer à cette planète de dingues !” On croirait entendre un accoucheur compatissant prenant en pitié l’enfant nu venant au monde, à l’instant terrifiant où il change d’univers, à l’instant où il lui faut prendre brutalement “l’habitude de tout” : de l’air, du froid, de la pesanteur. Smith a déjà connu cela. Il le revit une seconde fois. Il franchit ainsi un degré de plus que nous sur l’échelle humaine. On lui donnera le temps de prendre appui solide. Alors il nous regardera de haut. Il sera plus grand, plus fort, il sera surhomme…

(” Démons et merveilles de la science-fiction “, éditions Julliard, 1974)

Puisque d’un chant me vient l’envie - Guillaume de Poitiers

27 novembre 2009

Guillaume de Poitiers

Neuvième duc d’Aquitaine, Guillaume de Poitiers, né en 1101, est le premier troubadour connu.
l’Eglise l’excommunia à plusieurs reprises pour la liberté de ses mœurs, et surtout pour ses empiètements sur les droits ecclésiastiques.
Après la levée de son excommunication, en 1117, il part pour la croisade d’Espagne prêchée par Pascal II contre les Almoravides. Il laisse son fils à la garde de son cousin, Foulque d’Angers.

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Puisque d’un chant me vient l’envie

Puisque d’un chant me vient l’envie
je dirai ma mélancolie
Amour n’est plus, que j’ai servi
en Poitou comme en Limousin.

Je m’en vais partir en exil
en grande peur, en grand péril,
en guerre laisserai mon fils
au mal que feront ses voisins.

Qu’il m’est cruel de m’éloigner
de ma seigneurie de Poitiers !
Je confie à Foulque d’Angers
toute la terre et son cousin.

Si Foulques ne vient au secours
ni le roi dont je tiens ma cour,
ils lui passeront le licou,
Gascons félons et Angevins.

s’il n’est très sage et preux beaucoup,
quand je serai parti de vous
ils l’auront tôt mis à genoux
le voyant jeune et orphelin.

Si j’ai fait tort, mon compagnon,
je te demande le pardon.
J’en prie Jésus le roi du monde
en mon roman et mon latin.

J’ai aimé la joie, je fus preux,
mais nous nous séparons tous deux
car je dois m’en aller vers Dieu
où tous pêcheurs trouvent le bien.

Je fus joyeux à bonne table
mais Dieu ne m’est plus charitable,
le fardeau m’est insupportable (1)
tant je suis proche de la fin.

De mes amours j’ai fait mon deuil :
chevalerie et bel orgueil.
Tout ce que Dieu veut je l’accueille
et qu’il me prenne dans sa main.

Je prie mes amis qu’à ma mort
ils viennent tous m’honorer fort
car j’ai connui Joie et Déport
en ma maison, sur les chemins.

je quitte ici Joie et Déport
et vair et martre et zibeline… (2)

(1) Le fardeau de l’anathème et de l’excommunication
(2) Fourrures symbolisant la vie princière

Pos de chantar m’es pres talenz,
farai un vers don sui dolenz :
mais non serai obedienz
en Peitau ni en Lemozi.

Qu’era m’en irai en eisil :
en gran paor, en grand peril,
en guerra laissarai mon fil,
e faran li mal siei vezi.

Lo departirs m’es aitan grieus
del seignoratge de Peitieus !
En garda lais Folcon d’Angieus
tota la terra e son cozi.

Si Folcos d’Angieus no-l socor,
e-l reis de cui ieu tenc m’onor
faran li mal tut li plusor,
felon Gascon et Angevi.

Si ben no s’es savis ni pros,
cant ieu serai partiz de vos,
vïas l’auran tornat en jos,
car lo veiran jov’e mesqui.

Merce quier a mon compaignon
s’anc li fi tort qu’il m’o perdon ;
et ieu prec en Jesu del tron
et en romans et en lati.

De proeza e de joi fui,
mais ara partem ambedui ;
et eu irai m’en a scellui
On tut peccador troban fi.

Mout ai estat cuendes e gais,
mas nostre Seigner no-l vol mais ;
ar non puesc plus soffrir lo fais,
tant soi aprochatz de la fi.

Tot ai guerpit cant amar sueill,
cavalaria et orgueill ;
e pos Dieu platz, tot o accueill,
e prec li que-m reteng am si.

Toz mos amics prec a la mort
que vengam tut e m’onren fort,
qu’eu ai avut joi e deport
loing e pres et e mon aizi.

Aissi guerpisc joi e deport
e vair e gris e sembeli.

Poèmes politiques des troubadours (Editions Bélibaste, 1969)

Sentimentalez-vous

2 novembre 2009

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L’odyssée du docteur Wassel, mélodrame de Cecil B. de Mille, fut un spectacle plus beau et plus émouvant que toutes les messes papales que l’on nous imposa, ces jours-ci, avec une écrasante douceur. Ce film naïf et franc a emballé mon cœur et noué ma gorge. Je me suis laissé faire avec simplicité et me suis senti, au bout du compte, tout baigné de vraie tendresse universelle devant ce docteur imaginaire acharné à sauver de faux infirmes dans la folle tourmente de la guerre. N’est-ce point à l’amour que notre pape voyageur nous exhorta, avec une pesante application ? Eh bien, Cecil B. de Mille alluma hier soir cet amour dans nos cœurs, allant droit au sentiment, sans vains détours par l’intelligence.

Voilà bien un mot -sentiment- que ceux dont l’ambition est de parler sans tricherie devraient à nouveau accueillir dans leur vocabulaire. Il a l’air pâlot et bébête, mais c’est parce qu’il fut longtemps délaissé. On se soucie trop de comprendre, il faut oser ressentir et le dire, oser pleurer au mélodrame et se laisser envahir par l’émotion, contre toute raison. Car le chemin du sentiment conduit aux instants les plus forts, les plus sensés de la vie. Il nous expose aux tempêtes du cœur, au coup de foudre. Mais au bout de cette route et nulle part ailleurs nous est offerte la paix, et cette secrète intelligence des choses que l’on appelle la sagesse.

Bien sûr, un mélodrame, fût-il parfait, ne fait pas le printemps du cœur. D’ailleurs, rien ne fait le printemps, sauf la traversée de l’hiver. c’est bien ce que dit ce film qui ne décrit que peines, ravages et lumière fragile sous la dure écorce du temps. Elle est là, la profondeur, la secrète sagesse des mélos : dans l’acceptation de la douleur comme épreuve rédemptrice. Idée si sombrement chrétienne qu’elle paraît incongrue à notre époque, et propre à provoquer les très condescendants sarcasmes des intelligents. Je la crois pourtant féconde, cette idée, quoique je sois assez mécréant. Je la sens féconde. Je n’ai aucun goût tordu pour la souffrance, mais je sais qu’elle peut être un feu terriblement vivifiant.

Les auteurs des mélos le savent aussi et le disent, à leur manière. Je les vois comme des jardiniers qui arrosent nos jardins intérieurs pour les faire fleurir.

Le journal du dimanche (1980)

Gargantua - Généalogie

23 octobre 2009

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Refrain :
Qui fut le premier géant ?
dis-le nous vite , Maman,
pour que nous devenions grands
comme le furent les géants
dis-nous, raconte-nous
de qui nous sommes z’enfants !

Récit des Mèfles
(Peut-être entrecoupé du refrain) jusqu’à : “et c’est d’eux que sont venus les géants”.

Qui fut, qui fut, qui fut le premier géant
dis-le, dis-le, dis-le nous vite, maman,
pour que, pour que, pour que nous devenions grands
comme, comme, comme le furent les géants
dis-nous, raconte-nous de qui nous sommes s’enfants.

- Le premier fut Chaux du Bol
qui engendra Faribol
qui engendra Vieux-Vieux Bol
qui engendra Hurtaly
qui fut gros mangeur de pain
avant que déluge vint.

- Hurtaly, Nouveau Bol, vieux-Vieux Bol, Faribol, Chaux du Bol,
dis-nous, raconte-nous de qui nous sommes z’enfants.

- Le sixième fut Goliath
qui engendra Fiérabrath
qui engendra Surlebrath
qui engendra Souslebrath
qui engendra Atlath
qui ne peut pas se gratter
sous peine d’être assommé.

- Atlath, Surlebrath, Souslebrath, Fiérabrath, Goliath,
Hurtaly, Nouveau Bol, Vieux-Vieux Bol, Faribol, Chaux du Bol,
dis-nous, enseigne-nous de qui nous sommes s’enfants.

- Le onzième fut Schistion
qui engendra Graniton
qui engendra Marbrion
qui engendra Porphirion
qui engendra Agathon
qui avait la tête dure
et le ventre en confiture.

- Agathon, Porphirion, Marbrion, Graniton, Schistion,
Atlath, Surlebrath, Souslebrath, Fiérabrath, Goliath,
Hurtaly, Nouveau Bol, Vieux-Vieux Bol, Faribol, Chaux du Bol,
dis-nous, enseigne-nous de qui nous sommes z’enfants.

- Le seizième fut Gobemouche
qui engendra Mâchefoin
qui engendra Brûlefer
qui engendra Avalevent
qui engendra Tordboyaux
qui a engendré lui-même
un grand nombre de corniauds.

- Tordboyaux, Avalevent, Brûlefer, Mâchefoin, Gobemouche,
Agathon, Porphirion, Marbrion, Graniton, Schistion,
Atlath, Surlebrath, Souslebrath, Fiérabrath, Goliath,
Hurtaly, Nouveau Bol, Vieux-Vieux Bol, Faribol, Chaux du Bol,
dis-nous, enseigne-nous de qui nous sommes z’enfants.

- Le vingt et unième fut Va-Te-faire-Foutre
qui engendra Hautdubas
qui engendra Petitvit
qui engendra Grandgousier
qui engendra Gargantua
ça suffit pour aujourd’hui.

- Gargantua, Grandgousier, Petitvit, Hautdubas, Va-Te-faire-Foutre,
Tordboyaux, Avalevent, Brûlefer, Mâchefoin, Gobemouche,
Agathon, Porphirion, Marbrion, Graniton, Schistion,
Atlath, Surlebrath, Souslebrath, Fiérabrath, Goliath,
Hurtaly, Nouveau Bol, Vieux-Vieux Bol, Faribol, Chaux du Bol.

Tu viens de nous dire, Maman,
qui furent les premiers géants,
pour que nous devenions grands
comme le furent ces géants
dis-nous, raconte-nous
leur histoire maintenant.

(à suivre…)

Un atelier de contes s’est ouvert

12 octobre 2009

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Catherine Lamouroux a suivi l’atelier d’Henri Gougaud pendant sept ans, puis, la huitième année, elle s’est retirée du cercle des conteurs et a pris place près d’Henri Gougaud, auprès de celui qui enseigne.
Elle a écouté les contes et les conteurs ; elle a écouté l’art de l’éveilleur. Elle en a “pris de la graine”.

Elle ouvre son atelier pour la deuxième année à Paris, un samedi par mois.

Coordonnées : catherine.lamouroux@wanadoo.fr
Tél : 06 73 88 28 88

Les animaux magiques de notre univers. Le Poisson - 1 / 4

16 septembre 2009

“J’ai beaucoup à dire, assure le poisson, mais pardonnez-moi de demeurer muet : j’ai la bouche pleine d’eau.” Il fuit, et ironiquement envoie qui l’interroge à la pêche aux mirages. Quelques ruisseaux folkloriques murmurent en leur langage que le menu fretin “ne mange d’autre viande que de l’or”. L’or du silence, assurément, ou celui des paroles trop profondément divines pour l’entendement du commun des pêcheurs.

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L’heureux poisson au sein de l’eau étincelle comme un soleil mouillé, scintille dans le grand océan de la vie, subtil, fugitif, discret, à peine entrevu déjà inaccessible, insaisissable. Il est muet, car sa seule présence est discours : il témoigne de l’esprit qui brûle éternellement au profond de nos brumes, lampe immobile que le moindre souffle effarouche. Et le voici effarouché, car, à peine posé l’aquarium, la main s’est vivement tendue pour l’envelopper d’un seul geste, le saisir hors de l’eau et le réduire à merci, comme l’on fait naïvement d’une truite dénichée, imobile dans la transparence bleue d’un torrent, semble une proie si miraculeusement facile que l’on entend déjà, dans son coeur, résonner les trompettes du triomphe. On plonge cinq doigts, filet sommaire, et le poing ne se ferme que sur l’onde troublée.

Il ne faut pas se laisser tromper par l’apparente simplicité des fausses images : voilà le premier enseignement du poisson. Toute pêche, toute quête est d’abord une longue attente attentive, un long silence éveillé. Et quand, au bout du compte, au bout de sa ligne de vie, l’on tient l’étincelant poisson-bonheur, il s’agite un fugitif instant, et meurt. On sait alors que la sagesse était dans la patience, plus que la joie dans la victoire. Décidément, il est vain de vouloir cerner l’habitant de nos eaux profondes.

Mieux vaut se contenter de contempler son reflet à la surface mouvante des miroirs. Lao Tseu a dit qu’il était aussi simple de gouverner un royaume que de faire frire un petit goujon à la poêle à frire. Il me semble même comprendre le contraire, mais je me perds peut-être dans un labyrinthe transparent, prenant, pour le coup, la réalité pour son image - sauf si le réel n’est qu’un poisson soluble dans le grand lac des rêveries. Lao Tseu le croit, et je crois Lao Tseu fort sage.

Le poisson est une créature de Dieu, et le reptile, son compère nocturne, est le fruit de l’arbre diabolique. L’un est l’exact contraire de l’autre. La croyance populaire honore l’anguille autant qu’elle déteste la couleuvre, chérit la carpe autant qu’elle redoute la vipère. L’ombre est rare sous les eaux : on y porte bonheur. Le Grand Albert affirme que si l’on va, dissimulant “un veau marin sous l’aisselle, on surpassera tout le monde en jugement et en esprit, et le criminel qui l’aura rendra son juge doux et favorable”. Mieux : “Si quelqu’un mange du cœur d’anguille tout chaud, il prédira les choses futures.” La médecine populaire, qui fit parfois, sans le savoir, de vraies découvertes, se laissa séduire par la divine douceur du poisson et lui prêta des vertus qu’il n’eut, si l’on en croit la raison, jamais. Il semble douteux, en effet, qu’une carpe appliquée, jusqu’à ce qu’elle tombe en putréfaction, sur la poitrine d’un homme, chasse vraiment la jaunisse. Les bateliers de la Meuse faisaient pourtant grand cas de cet emplâtre, jadis. Au XVIIème siècle, les charlatans de village affirmaient doctement que la douloureuse enflure du ventre ne résistait pas à l’application d’une tanche vive sur le nombril, pour peu que l’on prenne soin d’enfouir l’animal, après usage, dans le fumier chaud. Tout aussi “magique” était la potion que l’on administrait aux buveurs excessifs pour les guérir de leur intempérance : “Prenez trois ou quatre anguilles toutes vives, dit une vieille chronique, mettez-les à tremper en vin jusqu’à ce qu’elles meurent, puis faites boire ce vin aux ivrongnes.” Cette pratique, étrangement, rappelle de fort lointains souvenirs : l’emblème de Dionysos, le dieu du sang des vignes, était un poisson, image du sommeil profond de l’ivresse dans l’océan de l’inconscient, de la dissipation des brumes, de la naissance dans une nouvelle lumière. Oui, aussi saugrenu que cela puisse paraître, c’est dans l’eau qu’il faut chercher le symbole de l’ivrogne mystique, l’eau qui est, pour toutes les mythologies du monde, la vie.

à suivre…

Les animaux magiques de notre univers (Editions Solar, 1973)

“L’homme et le loup” - Introduction (fin)

30 juillet 2009

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Il semble bien que ce genre d’exhibition ait été, à l’époque, pratique courante. Il arriva même que l’on fasse à ce sauvage l’honneur de le juger et de le pendre, comme un homme. Pourquoi ? Parce qu’il “tue et ravist plus que bête ne soit”, dit Eustache Deschamps. Surtout parce qu’il faut être expert en sorcellerie pour ravager avec une telle arrogance, et un sorcier, cela ne s’exécute pas sans ménagements, sans apparats, sans magie : il ne faut pas que ses venins survivent à son cœur fendu. Or, le loup, en fait de pouvoirs maléfiques, est surabondamment pourvu.

D’abord, il est l’une des montures favorites de ces malfaisants qui se rendent au sabbat, les nuits de pleine lune. Ensuite, il fait perdre la voix à ceux qui respirent son haleine, ou qui se laissent fasciner par son regard. Enfin, ces “assoiffés de sang” “ont coutume au soir de hurler, pour s’assembler tous ensemble”. Ils tiennent congrès aux carrefours, élisent leur chef, s’entretiennent de leurs affaires, trament leurs mauvais coupzs. Ce ne sont pas là manières de bêtes chrétiennes. Les sorciers humains pactisent avec eux. On en a vu courir les bois en leur compagnie. Certains bergers savent l’art de se concilier leurs bonnes grâces. Le commun des mortels, qui n’entend rien aux subtilités diaboliques, leur fait offrande de mouton, à la lisière des prairies, pour qu’ils laissent en paix les troupeaux, et psalmodient contre eux d’innombrables formules qui ne doivent pas être très dissemblables, quant à leur fond de peur, de rage et de magie, de celles que récitaient les hommes des cavernes devant l’image peinte des carnassiers, avant de partir à la chasse : “loup, louve ou louvinet, tu n’auras pas de pouvoir sur moi ni sur les bêtes qui sont à ma charge, pas plus que le grand diable n’en a sur le prêtre à l’autel. Que le bon saint Georges te ferme la gorge, que le bon saint Jean te casse les dents.”

Celui sur qui l’on appelle ainsi les saintes sévérités est un démon d’autant plus redoutable qu’il n’est imaginaire qu’à demi. Il se repaît de chair vivante, c’est incontestable. Mais devant telle horreur, la raison est prompte à s’emballer, et à piquer du nez dans le délire. On dit ce monstre vampire, dans la plus pure tradition des terreurs cinématographiques. On raconte en Wallonie qu’un ménestrier, trouvant un soir sur son chemin un loup de belle taille, se mit à jouer du violon, pour tenter d’adoucir ses mœurs. Le fauve s’enfuit aussitôt, épouvanté d’avoir vu, dans l’archet croisé sur l’instrument, l’image d’un crucifix. Le comte Dracula, son proche parent, n’aurait pas autrement agi, car lui aussi déteste les croix, lui aussi arbore de terribles canines, et des yeux sanglants hypnotiseurs. Il ne lui manque guère, pour être un vrai loup-garou, que le pelage hirsute et la griffe humide.

On crut longtemps, dur comme fer, à l’existence de ces monstres à demi humains. On en vit partout, on en tua des centaines. C’était au temps où l’esprit des forêts, puant l’humus puissant et les racines, menait encore de rudes assauts contre les blanches murailles des églises villageoises. ils furent l’armée du Dionysos terrien, païen, grouillant de vie obscure et nécessaire, insurgé contre la tyrannie du christianisme triomphant. Ils furent la révolte des viscères contre la dictature de l’esprit désincarné. On vint à bout de leurs furies, non sans mal. On les arracha de notre inconscient comme mauvaises herbes, sans que ça nous rende l’âme plus fertile. Aujourd’hui, on ne menace plus guère les petits turbulents du siècle industriel de les donner au loup, s’ils ne sont pas sages. Et pourtant, ce vieux croque-mitaine échoué aux portes de nos temps mécaniques venait de fort loin - de l’Achéron, exactement, l’antique enfer dont Mormolycée, la louve, fut la nourrice. Elle terrorisa les enfants grecs avant de dévorer, déguisée en mère-grand, la petite fille de Perrault, et de devenir l’anti-Père Noël brandi comme un épouvantail par nos aïeules paysannes.

Le loup est mort, qui fut la Mort, dévorant les astres, engloutissant dans sa gueule nocturne l’oiseau-caille, selon le Rig Véda - la lumière. Désormais, les délires humains ne le nourrissent plus. Du haut de sa tour d’ébène, il peut contempler le temps parcouru avec la fierté sauvage de ces guerriers qui furent cruels, mais jamais asservis. Les moutons gras vont en troupeau, les chiens replets lapent leurs écuelles. Peut-être crèvent-ils de nostalgie, à leurs instants lucides, en se souvenant du vieux solitaire indompté, hurlant dans les vallons neigeux. Efflanqué, soit, “inadapté social”, sans doute, mais libre.

Introduction à “L’homme et le loup” par Daniel Bernard, éditions Berger-Levrault (1981).